À mesure que les prouesses technologiques redessinent les contours de notre quotidien, une question fondamentale s’impose avec une acuité grandissante : le progrès technique est-il nécessairement synonyme de progrès humain ?

La révolution numérique, l’intelligence artificielle, la robotisation croissante du travail ou encore la promesse d’un transhumanisme abolissant les limites biologiques suscitent à la fois fascination et inquiétude. Si ces avancées témoignent d’un génie humain inlassable, elles provoquent aussi une forme de vertige éthique, tant elles interrogent la place de l’homme dans un monde qu’il ne maîtrise plus tout à fait.

Ce qui est techniquement possible ne devrait-il pas être soumis à une réflexion éthique, philosophique, voire spirituelle ? La technologie, en tant qu’outil, est neutre par essence. C’est l’usage qu’on en fait qui détermine sa portée : émancipatrice ou aliénante. Or, dans une société dominée par la logique de rentabilité et d’accélération permanente, l’innovation tend parfois à s’imposer sans réel débat démocratique, ni considération pour ses conséquences sociales, écologiques ou existentielles.

Par ailleurs, à force d’externaliser notre mémoire, nos décisions, voire notre capacité à ressentir, au profit des machines, ne risquons-nous pas de déléguer une part essentielle de notre humanité ? Le danger n’est pas tant que l’intelligence artificielle devienne plus « intelligente » que l’homme, mais que l’homme cesse de cultiver ce qui fait sa spécificité : sa sensibilité, sa capacité à douter, à créer du sens, à tisser du lien.

Ainsi, loin de rejeter la technique, il s’agit d’en reprendre la maîtrise, en replaçant l’humain au centre de ses finalités. Cela suppose une éducation à la pensée critique, un dialogue constant entre disciplines (sciences, lettres, philosophie) et une exigence de responsabilité éthique à chaque étape de l’innovation.

En définitive, le véritable progrès n’est pas tant dans ce que l’on invente, que dans la manière dont on choisit de vivre avec ce que l’on invente.

Prof Manu